La tourneuse de page

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21 mars 2011

Delirium – Lauren Oliver

 

Delirium_laurenolivier

 

Les maladies les plus dangereuses sont celles qui nous donnent l’illusion d’aller bien.


Nous sommes dans des Etats-Unis de science-fiction, transposés dans une époque moderne…

Dans ce monde, les émotions sont proscrites. La joie, le rire, la colère...sont autant de débordements de l’esprit qui altèrent la raison. Mais il y a plus menaçant encore. L’amour. L’amor Deliria Nervosa, le plus grand des maux, qui serait à l’origine de graves problèmes de santé (crises cardiaques, perturbations du système neurologique, appauvrissement du cerveau…) et de chaos social (divorce, alcoolisme, dépression, suicide…) L’individu atteint commet des actes dénués de toute raison. Il n’arrive plus à penser, refuse de s’alimenter. Le malheur s’abat sur lui. S'ensuivent parfois la folie et la mort.

Heureusement, cette maladie hautement mortelle peut être guérie. Quand les adolescents arrivent à leur majorité, ils subissent le Protocole : Une opération du cerveau visant à éradiquer tout risque de Deliria. Dès lors, l’esprit est canalisé, les émotions sont éteintes. L’individu est alors hors de danger. Il est dit Invulnérable. Les adolescents, promis les uns aux autres selon leur profil établi lors d’une évaluation officielle, se marient dès qu’ils ont terminé leurs études. Un bonheur durable et sûr s’offre à eux.



Les êtres humains sont par nature, imprévisibles, velléitaires et malheureux. Ce n’est qu’une fois leurs instincts animaux canalisés qu’ils peuvent se montrer responsables, fiables et heureux »


Lena est dans ce cas de figure. Elle a 17 ans, et subira le protocole dans deux mois. Elle a un lourd passé: Sa mère s’est suicidée des suites de la maladie, après plusieurs échecs du traitement. Lena est par conséquent montrée du doigt, considérée comme porteuse de la maladie. Elle est très impatiente de subir l’opération qui est pour elle le symbole d’un nouveau départ dans la vie. Elle compte les jours qui la séparent de cet évènement libérateur.

Lena s’apprête à passer son Evaluation : Les résultats de cet entretien officiel, préparé depuis des mois et aux réponses soigneusement étudiées, déterminera son avenir. Alors qu’elle perd pied devant les examinateurs, l’Evaluation est interrompue par une action des Invalides (des individus dangereux non opérés, au statut illégal ,qui vivent hors des frontières protégées de la ville, dans la Nature) La confusion est totale. Dans la cohue, Lena aperçoit un jeune homme riant aux éclats.

Quelques jours plus tard, alors qu’elle fait de la course à pied avec sa meilleure amie Hana, Lena croise le chemin de ce garçon. L'instant de panique passé (fréquenter des membres du sexe opposé est strictement interdit !), son coeur s’emballe malgré les interdits. Au fil des jours, ils font plus ample connaissance. Plus elle fréquente Alex, et plus elle s’interroge sur les enseignements et les craintes qu’on lui a inculquées depuis son plus jeune âge. Ses convictions les plus profondes commencent à s’ébranler. Est-ce le signe de la maladie ? Ou au contraire, Lena découvre-t-elle la liberté?

 


Mon avis

Un résumé plutôt long je m’en excuse, mais il est nécessaire pour expliquer la politique en vigueur dans l’état où vit Lena.
Après avoir eu un peu de mal à me mettre dans l’histoire, j’ai vraiment aimé ce roman de science-fiction, mettant en scène le contrôle d’une population par une politique dont l’idéologie apparement idéale dérape. Au départ motivée par de bonnes intentions, cette politique mise en scène dans Delirium mène à la négation de la personnalité de l’individu, robotisé pour son bien.

On a tous souhaité à un moment de notre vie que cesse une douleur ressentie suite à des évènements difficiles. Ne plus rien ressentir. Dans le monde de Lena, les scientifiques ont trouvé un remède pour que ce malheur n’existe plus.

 

Le malheur est asservissement ; le bonheur est donc liberté. Sans traitement, le bonheur est hors de portée.


Une fois les causes du malheur éradiquées, il semble logique de penser que le bonheur nous tend les bras. Une fois que les émotions sont canalisées, les risques de comportements irrationnels liés au Deliria sont enfin écartés. L’individu est affranchi, libéré. Un tableau idéal. Sous une apparence de politique bienveillante, ou seul le bonheur des habitants importe, tout semble être fait de manière à protéger ces derniers pour leur garantir un bonheur durable.

Sauf qu’entre protection et répression, la frontière est finalement bien mince. Pour protéger, il faut établir des règles. Et des règles trop répressives ne s’opposent-elles pas à la liberté individuelle ? Dans le monde de Lena, toute chose pouvant déclencher des émotions irrationnelles est sévèrement réprimée. Musique bouleversante, amitié, ou cris de joie sont suspects et sévèrement punis. Tout contact entre individus de sexe opposé est interdit dans le but d’éviter le Deliria. Les habitants sont surveillés en permanence. Les descentes de police assez violentes sont fréquentes. Tous vivent dans la peur de la maladie, et dans la peur d’être suspecté. Où est le bonheur dans tout cela ?

D'abord convaincue par le bien-fondé du Protocole, Lena obéit aux règles sans se poser de question. Mais aux côtés d’Alex, elle prend peu à peu conscience des choses. Au départ craintive, elle se révèle à elle-même en osant braver les interdits pour créer son propre bonheur, ailleurs que celui qu'on a prévu pour elle. Car où se trouve le véritable bonheur? Dans une existence dénuée de souffrance, ou dans l’exaltation des sentiments, quoiqu’il puisse en découler ? Le bonheur peut-il exister sans le malheur? Voilà qui donne matière à réflexion.

Et cette fin ! Ah lala, quel final mes amis ! Mon petit cœur en a fait des bonds, tandis que je hurlais intérieurement « Mais non, ça ne peut pas se finir comme ça !!! » Et si. Très émouvant. Cependant, je viens d’apprendre qu’une suite est programmée, mais j’ai peur que cela ne vienne gâcher ce final qui m’a remué les trippes.


J’ai également trouvé que l’ensemble du roman était très cinématographique. Je veux dire par là que j'ai vécu la lecture comme un visionnage de film. En imaginant les scènes, avec parfois une idée très précise de l’enchainement des plans, du rythme, de la musique qui accompagnerait. Manifestement je ne suis pas la seule de cet avis, puisque je viens également d’apprendre que les droits du roman ont été achetés en vue d’une transposition à l’écran.

J’épargne un peu la lecture de mon pavé aux lecteurs découragés à son unique vue, en résumant mon avis à quelques petits mots : Avis enthousiaste!

Et un gros merci à Livraddict ainsi qu'aux éditions Hachette pour m'avoir permis de lire ce livre en partenariat lecture.

 

Delirium – Lauren Oliver – Hachette – BlackMoon – Février 2011 – 451 pages – 18€

Posté par lenelai à 17:57 - Romans ado - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Delirium – Lauren Oliver

    Ouch, une dystopie comme j'aime !
    Je suis assez intriguée, ça me rappelle une nouvelle lue das une très vieille et obscure anthologie de nouvelles SF sur l'interdiction de la sexualité "active".
    Le pitch est un peu le même, donc voir ça en roman.... mmmh, hop, dans ma liste !

    Posté par Branwen, 22 mars 2011 à 10:36 | | Répondre
  • Tiens je ne connaissais pas ! Je note ce titre, ton avis me donne envie de le découvrir

    Posté par latite06, 25 mars 2011 à 19:53 | | Répondre
  • Et un avis positifs que je lis en plus ! Décidément, il faut vraiment que je lise ce roman

    Posté par Lili', 27 octobre 2011 à 17:02 | | Répondre
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