La tourneuse de page

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31 janvier 2011

En un tour de main – Jo Witek

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« On n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé »


L'histoire

 

A seulement 23 ans, Matt Borovski est devenu  un prestidigitateur reconnu, célèbre notamment pour ses numéros de Pickpocket. Une journaliste de magazine people s’intéresse à lui et souhaite écrire un article sur la façon dont il est devenu célèbre. Matt lui accorde donc plusieurs entretiens dans lesquels il revient sur son enfance.

 

C’est certain, Matt n’était pas bien parti dans la vie : Orphelin de mère, vivant dans un vieil appartement situé dans quartier défavorisé de la banlieue parisienne, avec un père ayant une forte tendance à lever le coude et à faire la tournée des bistrots du coin à la tombée de la nuit. Heureusement, il peut compter sur son frère Tarek qui, à seulement 11 ans doit revêtir le rôle de responsable de la maison. Les deux enfants, à 8 et 11 ans sont comme livrés à eux-mêmes dans cet environnement sordide.

Un jour, leur père les emmène visiter le Musée de la magie à Paris. Et, dans ce musée minuscule, les deux enfants s’émerveillent devant ce nouveau monde qui s’ouvre à eux, ils sont comme hypnotisés par les tours de passe-passe que le magicien leur montre. Dès lors, Matt encouragé par son frère, n’aura de cesse de s’entrainer à manipuler les cartes pour devenir magicien. Les deux gamins, en poursuivant leurs rêves d'artistes, fuient leur quotidien sordide pour le monde de l’illusion.

Par les hasards de la vie, Matt fait une rencontre qui jouera un rôle crucial dans son existence: le Capitaine, un vieil homme, mais également un des plus grands prestidigitateurs de sa génération, se prend d’affection pour lui. Il le prend sous son aile et lui transmet tous ses secrets. De la manipulation des cartes à celle de l’esprit humain, ainsi que la discipline de fer dont il faut faire preuve au quotidien avec soi-même.

 

Seulement, les difficultés de la vie rattrapent les deux frères et le manque d’argent se fait sentir. Quand on a appris l’art de la manipulation, qu’on a les mains aussi agiles que celles de Matt et que les poches des passants sont remplies de billets, la tentation est rude…

 

 

 

 

 


Mon avis


 

J’ai été absolument transportée par ce récit, touchée par la tendresse de l’histoire.

 

En ouvrant le livre, on ne se retrouve pas plongé dans un décor des plus joyeux. Un appartement sordide, une famille sans le sou privée de douceur maternelle, et un père alcoolique. Les malheurs tombent un à un sur cette famille, les égratignant chaque jour un peu plus. Et pourtant…ce n’est pas avec un sentiment de violence qu’on parcourt le roman, et à aucun moment on ne tombe dans le misérabilisme.

Oui, malgré un décor des plus glauques, Jo Witek a su faire d’En un tour de main un roman plein de tendresse. On est porté par  une écriture à vif et le langage de la rue, mais aussi, à travers les yeux de Matt, par une vraie poésie. Car il faut bien le dire, Matt est un personnage des plus attachants: un jeune homme qui, malgré les difficultés qu’il a pu rencontrer en route, a su garder ses yeux et ses rêves d’enfants, ne souhaitant que distribuer le bonheur autour de lui, voir les yeux s’illuminer grâce à son art.

J’ai aussi été émue par les liens très solides qui unissent les membres de cette famille. Malgré les tendances alcooliques du père, et malgré tous ses défauts, la tendresse et la solidarité prédominent.  Les liens fraternels entre les deux frères, Matt et Tarek sont également très forts. Ces deux gamins, que la vie n’a pas épargnée, se serrent les coudes et vivent l’un pour l’autre, s’encourageant mutuellement à poursuivre leurs rêves respectifs. Car tous les deux veulent fuir leur quotidien sordide, et veillent à s’en sortir grâce à un travail acharné.

 

 

"Il pensait que, au squat, son père pourrait commencer à écrire, lui qui avait tant de choses à hurler au reste du monde."


J'ajoute que En un tour de main est également une réflexion sur le travail d’artiste et le processus de création, un moyen pour l’homme d’exorciser ses démons.

 

"La plupart des jeunes ne pensent qu’à l’apparat, aux belles tenues de scène, à la lumière, aux applaudissements d’une foule en délire. Mais le métier est ailleurs, vous savez, Isadora. Le métier d’artiste réside dans ce doute permanent de lui-même, et en même temps dans cette immense foi en ses capacités. L’artiste rêve de réaliser son art de façon unique, époustouflante, et pour cela l’idiot est prêt à tout."


Petit bonus: Le site du Musée de la Magie dont la visite fait basculer le destin de Matt

En un tour de main – Jo Witek – Seuil – collection Karactères – Janvier 2010 – 148 pages

 

Posté par lenelai à 22:40 - Romans ado - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur En un tour de main – Jo Witek

    J'aime bien ce genre de roman, qui mêle poésie, glauque et parle d'un métier hors du commun.
    Tu m'as donné envie de le lire ^^ (et la couverture aussi)

    Posté par Karine, 01 février 2011 à 12:57 | | Répondre
  • :)

    Coucou Karine, contente de te voir déposer un ptit mot par ici, et j'espère que tu vas bien!

    Je suis sûre que ce roman te plaira, c'est un peu dans le même registre que les Contes de la banlieue

    Posté par Lenelaï, 01 février 2011 à 22:16 | | Répondre
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